Au cœur de l’investissement : IA, SaaS & Tech avec Benjamin Forlani & Jean-Marc Prunet
8 avril 2026
Europe
Quel avenir pour l’IA et le logiciel B2B ? Jean-Marc Prunet a eu l’occasion d’échanger avec Benjamin Forlani , Fondateur chez Dédale Intelligence, sur le SaaS, la disruption par l’IA et l’investissement technologique.
Paris, le 7 avril 2026
IA, SaaS & le nouveau playbook de l’investissement
Alors que l’IA continue de remodeler les marchés technologiques, investisseurs et dirigeants entrent dans une phase d’incertitude profonde, mais aussi d’opportunités sans précédent.
Cet échange a été réalisé avec Dédale Intelligence, qui accompagne investisseurs et entreprises dans la compréhension des marchés technologiques et la construction de convictions dans des environnements en mutation rapide. Benjamin Forlani, fondateur de Dédale, a échangé avec Jean-Marc Prunet sur les dynamiques qui redessinent aujourd’hui le paysage du logiciel B2B et de l’investissement tech.
Un marché en transition
La conversation s’ouvre sur un constat saisissant : alors que la technologie a longtemps été considérée comme l’un des secteurs les plus résilients et les plus prévisibles, les derniers mois sont venus bousculer cette certitude.
Les valorisations se sont significativement comprimées, atteignant dans certains cas des niveaux inférieurs à ceux observés pendant la crise COVID. Dans le même temps, l’IA accélère à un rythme qui rend les prévisions traditionnelles de plus en plus difficiles.
Le moment actuel se joue précisément dans cette tension entre incertitude à court terme et transformation de fond.
Comme le résume Jean-Marc : « On passe d’un jeu au stade bêta, où les choses évoluent de manière relativement linéaire, à un monde où il faut adopter une approche beaucoup plus micro. »
Autrement dit, les thèses de marché généralistes ne suffisent plus. Comprendre ce qui se passe au niveau de chaque entreprise, de chaque produit et de chaque équipe est devenu essentiel.
L’IA, à la fois disruption et amplification
Dès les premières heures de la vague IA, Jean-Marc décrit un sentiment mêlant fascination et urgence.
Plutôt que d’adopter une posture attentiste, Cathay a fait le choix de s’engager activement : en échangeant avec des entrepreneurs, des investisseurs et des entreprises à travers le monde, afin de construire une compréhension concrète de ce qui est réellement en train de changer.
La conclusion n’est pas binaire. L’IA n’est ni purement une menace, ni purement une opportunité. « C’est une révolution comparable à la Révolution industrielle, mais pour les travailleurs du savoir. »
Ce qui compte, ce n’est pas de savoir si l’IA va transformer les industries, mais comment les entreprises se positionnent au sein de cette transformation.
Celles qui bougent tôt, apprennent vite et adaptent leurs modèles bénéficieront d’un effet de capitalisation. Celles qui hésitent risquent de décrocher.
Le SaaS n’est pas mort, mais n’est plus une valeur refuge
L’un des débats les plus vifs du moment porte sur l’idée que le SaaS touche à sa fin.
Jean-Marc adopte une lecture plus nuancée. « Tous les SaaS ne se valent pas. Certains seront commodisés. Certains disparaîtront. Et à l’instar, certains gagneront. »
Le facteur clé de différenciation réside dans ce qu’il décrit implicitement comme des avantages structurels. Les entreprises qui ont construit des positions solides autour de la donnée, des workflows et du contexte client ne sont pas seulement plus résilientes ; elles sont aussi mieux positionnées pour intégrer l’IA de manière efficace.
Les agents IA ne fonctionnent pas de manière isolée. Ils nécessitent des environnements structurés, des données historiques et des couches de gouvernance. En ce sens, de nombreuses plateformes logicielles existantes ne sont pas remplacées mais deviennent le socle sur lequel de nouvelles capacités sont construites.
Repenser le produit, les interfaces et le pricing
Au-delà de la couche stratégique, l’IA transforme également la manière dont le logiciel est vécu et monétisé.
Les interfaces sont appelées à évoluer, passant de tableaux de bord statiques à des interactions plus dynamiques, pilotées par des agents. Le logiciel devra de plus en plus interagir non seulement avec les utilisateurs, mais aussi avec d’autres systèmes et agents autonomes.
Parallèlement, les modèles de tarification sont remis en question.
Si certains récits suggèrent un abandon total des modèles SaaS traditionnels, la réalité est plus complexe. Les entreprises ont toujours besoin de prévisibilité, et les contraintes des processus d’achat restent bien réelles.
Ce qui émerge plutôt, c’est une évolution progressive vers des modèles hybrides, où le prix reflète à la fois l’accès au service et la valeur effectivement délivrée.
Comme le souligne Jean-Marc : « Si votre service crée davantage de valeur, vous devriez pouvoir le tarifer en conséquence. »
Cela introduit un changement subtil mais important. Le revenu n’est plus seulement fonction de l’adoption, mais de plus en plus lié à l’usage réel et aux résultats produits.
Le retour de l’exécution comme principal facteur de différenciation
S’il y a un fil rouge dans cette discussion, c’est bien l’importance renouvelée de l’exécution.
Pendant des années, l’investissement dans le logiciel a bénéficié de vents porteurs puissants. Ces vents sont toujours présents, mais ils ne suffisent plus.
« Les idées et la stratégie sont la partie la plus facile. Ce qui est difficile, c’est l’exécution. »
À mesure que le coût de développement des logiciels diminue, la différenciation se déplace ailleurs : vers la qualité du produit, la rapidité d’itération et la capacité à rester étroitement aligné avec les besoins des clients.
Cela modifie également la manière dont les investisseurs abordent la due diligence. Au-delà de la taille du marché et du positionnement produit, une attention croissante est portée aux équipes, à la culture d’entreprise et à la capacité à naviguer dans l’incertitude.
Dans ce contexte, les CEO ne sont plus de simples opérationnels. Ils deviennent, selon les mots de Jean-Marc, des « chief transformation officers », responsables de l’adaptation continue de leurs organisations.
Élargir le champ des possibles : du logiciel aux services
Si une grande partie de la discussion porte sur le logiciel, l’une des perspectives les plus tournées vers l’avenir concerne l’impact plus large de l’IA sur les services.
Le logiciel a historiquement été un outil pour améliorer la prestation de services. L’IA va plus loin, en permettant l’automatisation et la mise à l’échelle de tâches jusqu’alors trop complexes ou trop contextuelles pour être numérisées.
Cela ouvre un champ d’opportunités considérablement plus vaste. « Le TAM des services est bien supérieur à celui du logiciel. »
Concrètement, cela signifie que la prochaine vague de création de valeur ne viendra pas uniquement des entreprises SaaS traditionnelles, mais de nouveaux modèles combinant technologie, données et prestation de services d’une manière inédite.
Un paysage plus complexe, mais aussi plus stimulant
Le message principal de cet échange n’est pas empreint de pessimisme, mais de lucidité face à une complexité accrue.
Le playbook du logiciel ne disparaît pas, il évolue.
Réussir exige désormais une compréhension plus fine des marchés, un focus renforcé sur l’exécution et une capacité à évoluer dans un environnement plus incertain.
Mais pour ceux qui savent naviguer dans cette complexité, le potentiel de création de valeur demeure considérable.
À propos de la série
Cet entretien s’inscrit dans la série Insights from Tech Leaders, créée et produite par Dédale Intelligence, dans laquelle ils échangent avec des opérateurs et experts de premier plan à travers les marchés mondiaux du logiciel.
YouTube: https://www.youtube.com/watch?v=8pmNk0GzPjg
Spotify: https://open.spotify.com/episode/2NMqwKY4744hbEubFtI5vv